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CREATION… OU COPIE ? |
Crime de lèse-majesté ou politique marketing concurrentielle, le Defender a vu débouler un clone entre ses quatre roues motrices. Après avoir construit des Land Rover sous licence durant de nombreuses années, Santana propose désormais sa propre vision du Defender.
Equipé
d’un moteur plus puissant d’origine Iveco, le PS 10 ne dispose toutefois pas
de la transmission intégrale du 4x4 anglais, ni de son système de suspension.
A tord ou à raison, Santana est apparemment revenu techniquement en arrière
mais propose en parallèle des équipements dont le Defender ne dispose pas.
Pour tenter de départager ces deux 4x4 rustiques jusqu’au bout des crampons,
nous avons fait l’essai de la toute nouvelle version pick-up du PS 10 face au
modèle Crew Cab. A vos lombaires !
Depuis
plus de trente ans, la marque espagnole Santana produit des Land Rover sous
licence. Un temps aussi connu pour sa fabrication de Suzuki, Santana avait aidé
la marque japonaise à contourner les défunts quotas protectionnistes de la
communauté européenne. Plus que de simples répliques, Santana répondait en
outre, à nombre de demandes espagnoles en modifiant les Land Rover 109 tant au
niveau mécanique que carrosserie. Le constructeur ibérique proposant des
ponts, boîtes de vitesses, transferts et autres treuils mécaniques modifiés
ou renforcés pour un usage TT intensif. Produisant toujours des Vitara et des
Jimny, Santana s’est lancé dans la construction d’un 4x4 propre à la
marque, mais n’effaçant pas les "années de servitudes", Ce 4x4
dispose d’une esthétique pour le moins reconnaissable…
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Visuellement proches, techniquement différents |
Après
un premier contact avec le Santana PS 10, dans sa version de pré-série (voir
Mondial n° 35), nous avons voulu le comparer pour vous à sa Majesté le
Defender. Profitant de la sortie de la version pick-up du PS 10, nous l’avons
opposée au modèle Crew Cab du Defender. Originellement dérivé du Land Rover
109, la première mouture de Santana se nommait "2500". Cette version
étant esthétiquement quasiment à l’identique du 4x4 anglais. Poursuivant
leur volonté de se démarquer de Land Rover, les ingénieurs et designers de
Santana ont été toutefois bien timorés dans leur conception visuelle du PS10.
Bien que la calandre, le capot, les ailes et les portes soient quelque peu différents,
le constat est simple à rédiger. Esthétiquement "c’est blanc bonnet et
bonnet blanc". L’avis du public est sur ce point sans appel, même chez
les connaisseurs. Le Santana demeure à leurs dires, un nouveau Land Rover !
Passé l’approche esthétique qui ne sert en fait que de prétexte à remplir
des pages de magazines, il convient plutôt de s’attarder sur les choix
techniques de la marque espagnole. Autant Land Rover nous a surpris ces dernières
années par sa volonté d’aller de plus en plus vers une série
d’assistances électroniques (même sur le Defender qui dispose de l’ETC en
option), autant Santana s’est tourné vers des solutions éprouvées pour ne
pas dire rustiques et peut-être rétrogrades (voir détails sur les fiches
techniques). Ponts rigides pour tout le monde, mais 4x4 non permanent et
suspension à lames de ressorts pour le 4x4 espagnol alors que le Land Rover
dispose d’une transmission 4x4 permanente et de ressorts hélicoïdaux. Seul
le moteur Sofim/Iveco du Santana tranche avec son injection directe à rampe
commune (Common Rail).
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Habitacle, le style ibérique |
Côté
équipements et habitacle, le match était un peu faussé de par la finition SE
du Crew Cab. Si l’on passe sur les équipements "luxe" pour un
Defender comme la climatisation, les vitres électriques, les sièges chauffants
et la radio à lecteur CD, le comparatif tourne largement à l’avantage du
Santana. Bien que d’une finition passable et ne disposant que de matériaux de
qualité moyenne, le PS10 propose un poste de pilotage à la fois chaleureux et
complet en comparaison avec le Land Rover. Le Defender présentant toujours un
tableau de bord sans compte-tours
et trop décalé vers la gauche. Les commandes et la planche de bord sont à la
fois lisibles et très ergonomiques sur le Santana, le volant à quatre branche
de ce 4x4 dégageant bien le champ de vision. Seul le levier de vitesses du PS10
s’avère un peu court pour les petits gabarits (dont je fais partie !).
Pour sa part, le Defender est tout sauf accueillant à l’intérieur, même à
la limite, en intégrant les équipements de la version SE. Son approche
spartiate mériterait un lifting complet et des garnitures dignes de notre époque.
Les anglais confondent en l’espèce, rusticité générale rassurante et
environnement agréable à l’usage. Côté siège, là aussi le PS10 remporte
largement les suffrages en proposant un maintien et un confort d’excellente
qualité alors que le Defender ne donne envie que de descendre, une fois installé
à son volant. Les réglages en profondeur et en inclinaison tournent aussi
largement à l’avantage du 4x4 espagnol, d’autant que le Land Rover manque
cruellement de possibilité de recul. La sellerie tweed du PS10 est plus gaie
que celle du Defender, sa qualité laisse pourtant à penser que des housses
seraient les bienvenues en cas d’usage intensif. De ce côté en revanche, le
Land Rover n’a pas grand chose à craindre, avec une sellerie en tissus très
endurants. Les sièges arrière du PS10 et du Defender sont à peu de chose près
équivalent, seule la position très verticale des dossiers, provenant de la
carrosserie pick-up double cabine, les rendant inconfortables pour un long
parcours.
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Au volant, le Santana s’émancipe |
C’est
sur route que nous allons tout d’abord évaluer les différences de nos deux
cousins du 4x4. Indéniablement sur le papier, le Defender dispose de solides
arguments. Notamment avec la transmission intégrale lui offrant un réel
avantage au niveau de la sécurité et son moteur TD5 en principe plus coupleux.
Pourtant le match sera quasiment nul entre les deux 4x4, sauf sur sol humide,
sur lequel le Defender reprendra largement le flambeau grâce à sa transmission
permanente. Plus en détail, le freinage demeure aussi l’un des avantages
majeurs du Land Rover. Equipé de quatre disques de frein connectés à un ABS
très efficace (nous l’avons testé), le Defender ne joue plus à la roulette
russe à chaque freinage. Le PS10 ne s’en trouve pas dangereux pour autant,
loin de là, mais il manque visiblement de mordant dans les ralentissements et
principalement en cas d’urgence. Pour le reste, une fois assimilé le
fonctionnement de la pédale d’accélérateur du Santana, dont la course reste
désespérément longue, le moteur Iveco apporte au PS10 tout le brio qu’on
lui connaît. Ce bloc moteur Sofim (que l’on trouve aussi bien sur un Daily
que sur une Safrane) s’avère brillant et même pétillant. Les accélérations
sont franches et la vitesse s’élève assez rapidement. Dommage que les deux
derniers rapports de la boîte de vitesses, de conception interne à Santana, ne
soient trop longs et absorbent une partie du brio du moteur. D’une puissance
équivalente (126 ch contre 122 ch pour le TD 5), le moteur du Santana se montre
plus souple et plus agréable à l’usage. Seul le couple légèrement plus
important du Defender lui sauvera en partie la mise. A noter que même avec 1
m/kg de moins que le TD5, le moteur Iveco dispose de son couple maxi dès 1750
t/min pour 1950 t/min pour le Defender.
Sur
les portions autoroutières, les deux 4x4 filent bon train. Le TD5 a transfiguré
le Land Rover, il est désormais possible d’envisager un Paris-Marseille sans
penser dormir à Lyon. Le santana nous a véritablement étonné sur ce type de
parcours. Il ne rechigne pas à rouler à une allure de croisière s’établissant
autour de 140/150 km/h compteur. Peu bruyant, sa tenue de cap s’avère
meilleure que le Land Rover qu’il faut sans cesse remettre dans le droit
chemin. Bien évidemment ces deux tout terrain ne sont pas des dévoreurs
d’asphalte, mais il est important de souligner que ces portions de voyage ne
sont plus les calvaires endurés avec les premiers Land Rover ou Santana. Sur ce
type de parcours, le PS10 propose un confort bien meilleur que celui du
Defender, notamment au niveau du poste de pilotage. Il est clair qu’en tenue
de route, les lames de ressorts affichent parfois leurs limites par rapport aux
ressorts du Land Rover. Le confort général du PS10 l’emporte largement sur
celui du Defender qui chahute les passagers plus souvent qu’à leur tour.
Dernier avantage et non des moindres, du Santana, avec 25 litres supplémentaires
de capacité en carburant et une consommation moindre que le Land Rover, voit
son autonomie friser les 900/1000 km ! En ville, seul le diamètre de
braquage (plus de 14,60 m) du Santana demeurera un problème majeur. Les manœuvres
et les évolutions dans les petites rues seront plus compliquées qu’avec le
Defender qui ne brillait déjà pas sur ce plan.
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TT : long match en 5 sets |
Très
compliqué de départager ces deux cousins du 4x4 dès que la route s’achève.
En TT, le Defender demeure LA REFERENCE. Et pourtant, le PS10 vient crânement
chasser sur ses terres. Avec un taux de réduction quasiment identique, on
pourrait penser que le Defender marquerait son territoire en partie grâce à
son ETC mais surtout avec son blocage de différentiel central. Le Santana
brille essentiellement par son moteur, beaucoup plus souple d’utilisation que
le TD5, le Sofim permet des passages sur le couple en utilisant un filet de gaz.
Il
répond aussi plus finement aux sollicitations de la pédale des gaz grâce à
une cartographie plus évoluée que l’anglais. Bref, le Defender a du mouron
à se faire côté moteur. Côté débattement, c’est l’inverse, le Land
Rover reprend le flambeau, tout comme lors des évolutions sur terrains meubles
où les ruades des lames du Santana le rendent très sautillant et lui font
perdre une bonne partie de sa motricité. Sur piste rapide, le match est
quasiment nul, si ce n’est une plus grande efficacité du Defender, due aux
ressorts et en parallèle un plus grand confort à bord du Santana. Il est clair
qu’en TT, ces deux 4x4 se marquent "à la culotte", à chaque prise
d’avantage de l’un, nous constatons une qualité supplémentaire de
l’autre. Le PS10 et le Defender s’affirment tous deux comme des réels
franchisseurs, seule la technologie de leur transmission et suspension les séparent.
Mais au final, les deux se retrouvent bel et bien en haut de la dune. A finition
égale, le Santana s’affiche à environ 2000 € de moins qu’un Defender.
Est-ce pourtant un avantage déterminant pour une clientèle très fixée sur ce
type de 4x4 ? De plus l’offre et l’approche technique de ces deux
cousins du 4x4 restent très différentes. Le Santana s’adressant plutôt à
une clientèle professionnelle et aux marchés publics plus demandeurs de
simplicité et de rusticité. Le Défender, bien que toujours très rustique (aïe
mes lombaires !) s’est pourtant éloigné depuis quelques années, de
cette approche minimaliste afin de faire profiter ses aficionados des avancées
technologiques de la marque. Seul sur le marché, l’affaire était entendue
pour le Defender, avec l’arrivée du Santana la donne risque de changer aux dépends
du Defender. En conclusion, nous constaterons simplement qu’après toutes les
nouveautés des années 2001 et 2002, le plus souvent à la pointe de la
technologie et du luxe, l’apparition du PS10 reste un moment de bonheur extrêmement
rafraîchissant et revitalisant pour les passionnés que nous sommes.
Extraits de " 4x4 Mondial" n°47 - juillet 2003
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